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Vestige de la longue bataille menée contre le désert, cet ancien bâtiment mérite le respect. Bâti sur quatre étages, d’une longueur de 60 pieds, avec un premier étage en forme de terrasse, c’est la plus grande construction connue du peuple ancestral du désert de Sonoran. Les premiers explorateurs espagnols l’ont bien nommée : Casa Grande et pour eux, c’était un mystère. Ses murs font face aux quatre points cardinaux de la boussole. Un trou circulaire dans le mur supérieur ouest s’aligne sur le soleil couchant, au solstice d’été. D’autres ouvertures s’alignent avec le soleil et la lune à des moments précis. Il est possible que les populations se réunissaient ici pour étudier comment les positions des corps célestes influaient sur les saisons des cultures, des récoltes et des célébrations.

 

Qui étaient ces hommes qui observaient si bien le ciel ? En 1694, les missionnaires espagnols furent les premiers européens arrivés en Amérique, à se poser cette question. Ils la posèrent aux Indiens voisins qui se référaient à leurs ancêtres qu’ils appelaient  Huhugham. Ce mot a été incorrectement traduit par Hohokam (ho ho KAHM). Un archéologue qui a étudié ce peuple les a appelés les «premiers maîtres du désert américain». Leurs origines étaient les chasseurs-cueilleurs qui vécurent en Arizona pendant plusieurs milliers d’années. Mais ils tiraient aussi des enseignements de la civilisation méso-américaine. En l’an 300, les Ancêtres vivaient dans des colonies permanentes le long des rivières Salt et Gila. Pour irriguer leurs champs, les villages coopérèrent pour construire et gérer de vastes réseaux de canaux afin de capter l’eau des rivières. Dans ces régions où les cours d’eau sont intermittents tout au long de l’année, ils utilisaient les eaux souterraines ou bien canalisaient les eaux pluviales.

 

Les Ancêtres coopéraient aussi dans le commerce. Les villages étaient situés le long des routes naturelles entre la Californie d’aujourd’hui, les Grandes Plaines, le Plateau du Colorado et le Nord du Mexique. Ils échangèrent principalement de la poterie et des bijoux contre une variété d’articles. Les coquillages du Golfe de Californie étaient fréquents. Les aras, les miroirs et les cloches en cuivre montrent leurs liens avec le Mexique tropical, tout comme les fosses ovales trouvées dans les principaux villages. Ces fosses peuvent avoir été des salles de jeu, pour pratiquer des jeux à l’instar de ceux des Aztèques, lors de leurs rassemblements. On trouve des terrains de jeu semblables au Nord jusqu’à Wupatki. Un site préhistorique près de Flagstaff, en Arizona, montre l’étendue de l’influence culturelle des peuples anciens.

 

 

Les terrains de jeu se raréfièrent dans le courant des années 1100, indiquant qu’un changement graduel dans la culture Hohokam était en train de se produire. Autour de 1150 CE, la période classique de leur culture commença. Les populations anciennes quittaient les localités périphériques pour se concentrer dans de grands villages comme celui de Casa Grande. Les villages ouverts sur des places centrales ont cédé la place à des compositions fortifiées. La mystérieuse Great House fut achevée vers 1350. Avec elle, d’autres Grandes Maisons construites dans les villages le long des grands canaux ont probablement joué un rôle majeur dans les communautés utilisant l’irrigation des cultures.

 

La période classique dura jusque dans les années 1400, époque où la culture Hohokam a périclité dans toute la région. Au moment où les missionnaires arrivèrent en 1694, ils ne trouvèrent qu’une coquille vide dans le vieux village de Casa Grande. Durant deux siècles, les visiteurs et les chasseurs de souvenirs, ont endommagé le site. À la fin des années 1800, les scientifiques insistèrent pour la protéger juridiquement, et en 1892, Casa Grande est devenue la première réserve archéologique de la nation. Jusqu’à ce jour, la Grande Maison garde dans ses murs les secrets du peuple ancestral du désert de Sonora.

Les constructeurs ont découvert des matériaux de construction sous leurs pieds : le calichee (cuh-LEE-chee), un béton fait d’un mélange de sable, et de carbonate de calcium (calcaire). Il a fallu 3 000 tonnes pour construire la Grande Maison.  Ce caliche, sorte de boue, a été stratifié pour former des murs de quatre pieds d’épaisseur à la base, se dressant vers le haut. Des centaines de genévriers, de pins et de sapins furent transportés par flottage sur 60 miles sur la rivière Gila jusqu’au village. Les poutres de bois, ancrées dans les murs, formaient des supports de plafond ou de plancher.

Le village prend vie avant le lever du soleil. Le premier jour de l’été est débordant d’activité, malgré une chaleur intense. Les hommes quittent la construction en transportant des pièges, des arcs et des flèches. C’est le meilleur moment pour partir chasser, avant que les animaux ne cherchent refuge pour se protéger du soleil. Les grands animaux sont insaisissables. Pour chasser le cerf mulet, le pronghorn (antilope), ou le mouton d’Amérique cela nécessite une longue marche dans les collines. Aujourd’hui cela promet d’être trop chaud pour un tel voyage. En outre, les lapins et les rats pack sont nombreux dans la région et peuvent fournir un repas savoureux.

 

Les fruits du Saguaro peuvent être récoltés. De loin, les grands cactus semblent fleurir. C’est en fait le fruit mûr qui, en se fendant,  révèle une pulpe d’un rouge vif. Les gens travaillent rapidement pour recueillir les fruits avant qu’ils ne soient mangés par les animaux du désert qui la adorent également. Les cueilleurs utilisent de longues gaules pour frapper les fruits perchés aux extrémités des bras du cactus. Il est difficile de résister de savourer certains fruits tout de suite, car ils savent que d’autres villageois attendent toute l’année la récolte. La pulpe est consommée fraîche ou séchée au soleil. Le jus est transformé en sirop ou mis de côté à fermenter. Outre le vin cérémonial, le jus fermenté est utilisé pour fabriquer des bijoux. Les artisans peignent des dessins sur les coquillages avec de la résine. Les coquillages sont plongés dans le jus acide du saguaro, qui dissout les parties non protégées du coquillage. Lorsque la résine est enlevée, les dessins apparaissent sur la surface.

 

Les villageois sont fiers de leurs ornements et de leurs bijoux, mosaïques, tissus de coton tissé, poteries, qui sont populaires non seulement chez leurs voisins, mais aussi avec des gens qui les utilisent uniquement par tradition. Comme ils travaillent sous des tonnelles, les artisans échangent des histoires sur ces peuples lointains, tout en utilisant des objets qui prouvent leurs existences. Un bol en céramique « noir et blanc » du Nord par exemple. Ils observent, mais pas seulement pour le plaisir des yeux, mais par comparaison avec leurs propres dessins. Beaucoup plus attrayants sont les objets provenant du Sud comme les cloches en cuivre et les plumes aux couleurs vives, rouges, bleues et vertes, des oiseaux exotiques.

 

Un messager arrive précipitamment : une urgence au canal. Les hommes abandonnent leur travail et partent aider. Ils courent à travers les hauts épis de blé dans les champs, jusqu’à l’endroit où le canal principal se déverse dans les champs. Une des portes qui régulent le débit a été endommagée et doit être réparée avant que les cultures ne soient inondées. Une partie  des hommes revient avec des roseaux, le long du canal, pour rapidement tisser une natte solide. Le tapis est attaché à la porte, et la porte est remise en place. Il y a un sentiment collectif de soulagement. Cette fois, ils ont pu faire la réparation eux-mêmes. À d’autres moments, surtout après les fortes inondations, ils doivent appeler des voisins pour travailler ensemble, pendant des jours pour dégager les portes, draguer les canaux et consolider le lit du canal avec de l’argile pour empêcher les infiltrations.

 

Le monde de la Nature est  source d’éléments qui soutiennent la vie et méritent le respect et la gratitude. Exemples : l’eau de la Gila River, la nourriture tirée du sol du désert et des coteaux, les matériaux de construction de la Terre elle-même. Les gens observent la Terre et les cieux soigneusement pour connaître le bon moment de la récolte des cadeaux offerts par la Nature et quand offrir à leur tour leurs remerciements. C’est pourquoi les gens se rassemblent ce soir dans la Grande Maison. Grâce à un petit trou rond face à l’ouest, les gens à l’intérieur, peuvent brièvement voir le soleil couchant au loin, sur l’horizon. Cela signifie aujourd’hui que c’est le plus long jour de l’année, un signe réconfortant car il indique que le cycle des saisons se renouvelle.

Une belle récolte dans le désert

 

Chaud et sec, avec peu de ressources en eau toute l’année et peu de précipitations, le désert de Sonoran ne semble pas être un endroit pour fournir l’essentiel à  la survie humaine. Pourtant, depuis plus de 1 000 ans, le peuple ancestral du désert de Sonora se nourrit de produits provenant de la terre et de la chasse que l’on trouve ici.

Les rivières Salt et Gila étaient leurs lignes de vie. Le peuple Ancestral exploita ces rivières en construisant des canaux d’irrigation qui  détournèrent l’eau des hauteurs vers les plaines inondées au sol riche.

 

Ils cultivèrent des cultures qui résistaient aux conditions désertiques, tel le maïs. Un aliment de base, qui murit assez vite pour minimiser son exposition aux éléments et produire deux récoltes par an. Ils plantèrent des courges, des haricots, du tabac, du coton et de l’agave. Plusieurs plantes sauvages, comme l’amarante, furent tentées dans les champs. Les personnes ancestrales trouvèrent la nourriture, la médecine et les matériaux dans la nature, aussi. Ils collectèrent des fruits, des bourgeons, et des graines produites par le mesquite de palo Verde et des arbres de fer, des plantes médicinales produites par l’ ocotillo, la créosote, la bursage et le sel. Ils mangèrent du saguaro, du cholla,  des hérissons, et de la figue épineuse. Et ils chassèrent de petits animaux comme les lapins, le plus grand cerf mulet et le mouton d’Amérique.

 

Les rivières les approvisionnaient en poissons, oiseaux aquatiques et tortues qu’ils attrapaient ou harponnaient. Le bois de peuplier et le saule fournissaient du matériel pour la fabrication des paniers et des cordes, tandis que les roseaux servaient à la fabrication de pailles, de broches, de sarbacanes et de flûtes.

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