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Par le sénateur Jacques Habert. 09/1983

Voici venu le moment de ter­miner en apothéose les célébra­tions qui, depuis sept ans, ont marqué le Bicentenaire des grandes dates de la Guerre d’Indépendance américaine, cinquième et dernier acte d’une autre guerre de Cent ans, com­mencée en 1686 entre la France et l’Angleterre, avec pour enjeu l’Amérique du Nord, mais aussi premier conflit mondial frappé du sceau des idées nouvelles surgies au « Siècle des Lumiè­res ».

Deux cents ans après, ont été tour à tour commémorés les évé­nements les plus marquants de cette lutte d’un peuple pour sa liberté la déclaration d’Indépen­dance de 1776, tout d’abord, dont les principes généreux suscitèrent en France tant d’en­thousiasme que dès lors, la guerre devint une saga de colla­boration franco-américaine : le concours d’hommes comme Beaumarchais et le geste héroï­que de volontaires comme La Fayette en 1777, les traités d’amitié et d’alliance en 1778, les combats de l’Amiral d’Estaing en 1779, l’arrivée de l’armée de Rochambeau en 1780, l’intervention de l’Amiral de Grasse et la victoire de Yorktown en 1781…

Pendant un an encore, la guerre se poursuivit, violente, sur toutes les mers, entre Fran­çais et Anglais 1782, c’est l’année des retentissants succès de Suffren aux Indes et dans l’Océan Indien, des exploits de La Motte-Piquet dans l’Atlanti­que, du raid de La Pérouse dans la baie d’Hudson, de l’assaut de Minorque par Guichen et Crillon, des combats de Gibraltar, de la prise de Pensacola, en Floride, par des troupes franco-espa­gnoles_ C’est aussi l’année de la sanglante bataille des Saintes où furent détruits les plus beaux des vaisseaux qui avaient vaincu à la Chesapeake.,.

Mais le sort de l’Amérique avait bien été scellé à Yorktown ; les forces de Washington n’étaient plus menacées, et à Philadelphie, des voix se firent entendre pour terminer la guerre dès que l’Angleterre reconnaî­trait l’indépendance des États-Unis. A Londres, un nouveau ministère s’y résolut, pensant ainsi séparer les alliés ; un émis­saire britannique rencontra à Paris deux envoyés américains, Jay et Adams. Et c’est ainsi que le 28 novembre 1782, à l’Hôtel d’York, résidence d’Adams (aujourd’hui, 56, rue Jacob), un premier accord fut conclu entre Américains et Anglais.

Peu après, le 20 janvier 1783, les négociations menées à Ver­sailles par le ministre des Affaires Étrangères de Louis XVI, Vergennes, aboutissaient à des préliminaires de paix par les­quels l’Angleterre restituait à la France cinq comptoirs aux Indes, le Sénégal, Saint-Pierre et Miquelon et quelques îles aux Antilles… Résultats assez minces comparés au gigantes­que effort financier et militaire consenti. Mais le bénéfice était surtout moral : l’opprobe du traité de Paris en 1763 était effacé, et la grande cause pour laquelle la France était entrée en guerre avait triomphé : l’indé­pendance des États-Unis d’Amé­rique avait été reconnue.

C’est le 3 septembre 1783 que la paix fut définitivement signée, non dans un texte général, mais dans plusieurs traités conclus séparément par la Grande-Bre­tagne avec la France, les États-Unis, l’Espagne et les Pays-Bas. Dans la matinée, le traité de Paris fut contresigné entre Amé­ricains et Anglais dans le même Hôtel d’York où ils s’étaient ren­contrés quelques mois aupara­vant, mais cette fois, l’Ambas­sadeur des États-Unis, Benjamin Franklin, put y apposer son para­phe. Dans !’après-midi, c’est à Versailles, en grande solennité, que Vergennes, au nom du roi de France, et le duc de Manchester, au nom du roi d’Angleterre, signèrent un traité rédigé en termes élevés et généreux.

Dans la France entière, la paix fut accueillie avec une grande joie ; toutes les chroniques de l’époque témoignent de la liesse générale. Les Français se sen­taient fiers de leurs soldats et de leurs marins : les noms des héros de la Guerre d’Indépen­dance devaient toujours rester populaires. Les humiliations du règne précédent étaient répa­rées ; les traités paraissaient modérés, justes, et l’on parlait avec optimisme d’une « paix à jamais ». Mais surtout, un évé­nement chargé de signification s’était produit : une nation nou­velle était née, et cette nation avait gagné son indépendance en proclamant le droit des peu­ples à disposer d’eux-mêmes, en se fondant sur des principes de liberté et d’égalité pour tous les hommes. Chacun, clairement ou confusément, sentait qu’un souffle nouveau se levait sur le monde.

Pour les États-Unis d’Améri­que, les traités de 1783 demeu­rent un événement considéra­ble : à la base morale établie dès 1776, ils ajoutaient, ayant acquis un territoire s’étendant jusqu’au Mississipi, une dimen­sion géographique qui allait assurer leur grandeur. Ces traités étaient signés à Paris et à Versailles ; symbole éclatant c’est bien la France qui avait combattu victorieusement avec les États-Unis et les avait aidés à entrer dans le concert des nations.

Aussi comprend-on que par milliers, nos amis américains, dans le cadre de « l’Expédition Liberté », aient tenu à venir en France commémorer le Bicente­naire de ces traités. Les 1w, 2 et 3 septembre 1983, nous les accueillerons avec ferveur. Depuis 200 ans, depuis que notre fraternité a été scellée sur les champs de bataille de l’Indé­pendance, Américains et Fran­çais sont restés fidèles à leur idéal commun : aujourd’hui comme hier, ils demeurent unis sur les chemins de la liberté

 

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