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Par Maurice Couve de Murville, Ancien premier ministre, Président du conseil national de France Etats-unis.

Truman, puis Eisenhower à deux reprises, même si l’on peut discuter tel ou tel aspect de leur politique, furent à la hauteur de leurs responsabili­tés. Ils étaient soutenus, voire inspirés par l’élite de la Nouvelle-Angleterre, les WASP (White Anglo-Saxon Protestants) qui constituaient une classe diri­geante de grande valeur, issue de célèbres universités comme Harvard, et qui sut bâtir une grande politique extérieure bi­partisane, c’est-à-dire acceptée par les démocrates comme par les républicains, ce qui ne s’était jamais vu, une politique à la mesure du rôle mondial devenu celui des États-Unis à cette époque. Tout a commencé à changer à partir de 1960, après l’élection de John Ken­nedy.

Ce fut l’époque ois Lyndon Johnson se lança à corps perdu, après d’ailleurs que Kennedy lui-même s’y fut engagé, dans la désastreuse guerre du Viêt­nam. Nixon, qui avait, lui, les vues d’un véritable homme d’État, commença à redresser la situation, mais il s’est noyé dans le scandale du Watergate. Ford, Carter et Reagan après lui n’ont jamais pu prendre les affaires véritablement en main et bâtir une politique digne de ce nom_

Aucun président américain n’a alors essayé d’équilibrer les finances extérieures, aucun n’a tenté de restaurer cet équilibre budgétaire qui est la condition nécessaire de toute action éco­nomique efficace. Ils ont per­sisté l’un après l’autre dans une politique trop marquée par l’in­conscience et la facilité, para­doxalement aidés par la sage gestion de leurs lointains prédé­cesseurs, lesquels leur avaient légué un dollar prestigieux, devenu la seule monnaie inter­nationale universellement ac­ceptée. Accumulées sans limites dans le monde entier, du fait de ces déficits américains, les ré­serves de dollars ont conduit les pays qui les possèdent, et qui ne trouvent pas d’autres possi­bilités de les employer, à finan­cer indéfiniment ces mêmes déficits, permettant ainsi à Was­hington de poursuivre impu­nément une gestion déficitaire de manière obstinée. C’est un cercle vicieux mondial parfait. Personne aux États-Unis, ni le président, ni les autres diri­geants, ni l’opinion ne donnait l’impression d’en être sérieu­sement préoccupé.

La question est de savoir si le président George Bush va être capable à un moment donné de prendre en main cette situation et de lui apporter les réformes draconiennes qui sont indis­pensables pour la rétablir. En d’autres termes, aura-t-il la clair­voyance et le courage d’opérer le rétablissement à défaut du­quel son pays, et le monde à sa suite, demeureront dans la crise et même s’y enfonceront davan­tage ? Le tabou que représente le refus du principe de toute augmentation des impôts conti­nuera-t-il à être le fondement de la politique budgétaire des États-Unis ? De la solution qui sera apportée à ce problème dépend très largement l’avenir économique du monde occi­dental.

Si puissant que soit le prési­dent des États-Unis, son pou­voir est d’ailleurs fragile, car trop dépendant des pressions d’un Congrès et d’une opinion publique par nature versatiles, non exempts de préjugés et peu disposés à faire confiance au chef de l’État.

Depuis leur naissance, il y a deux cents ans, les États-Unis ont été et demeurent un pays d’immigration. Les Indiens qui constituaient ka population d’ori­gine ont été avant l’indépen­dance, chasses et réduits. Seuls donc peuplaient vraiment la nouvelle République des angle-saxons venus du Royaume-Uni et des esclaves noirs déportés d’Afrique.

Depuis les Noirs ont bénéfi­cié dans tout le pays depuis dix ou vingt ans d’un changement radical de leur statut social. Après des générations d’ostra­cisme, les discriminations ont largement disparu, notamment pour l’éducation et pour la représentation politique. Des gens de couleur sont aujour­d’hui maires de grandes villes comme Washington, Chicago ou Miami. Des Noirs se portent candidats aux ,‘ primaires des deux grands partis pour l’élec­tion présidentielle, Un Noir vient d’être élu à la tête du parti démocrate ! Et cela sans aucune révolte de la part des Blancs ! Depuis lors, que de change­ments ! L’immigration en pro­venance d’Europe ne compte plus pour l’essentiel, ne serait-ce qu’en raison du déclin démo­graphique du Vieux Continent. Les immigrés qui arrivent aujour­d’hui massivement sont consi­dérés par les Américains comme des gens de couleur Ils viennent des pays voisins du Sud. Ce sont essentiellement des Cubains et des Mexicains, c’est-à-dire des Indiens, et les frontières terrestres sont pres­que impossibles à contrôler. Ils s’installent dans les États méri­dionaux et continuent à parler leur langue, l’espagnol. Ils se comptent maintenant par mil­lions, sinon par dizaines de mil­lions.

Ce recul remit des popula­tions de souche européenne aura inévitablement, s’il ne les a déjà, des conséquences sur le comportement de la nation amé­ricaine. Elles ajouteront à celles qui résultent depuis longtemps de l’importance croissante à tous égards des États du sud et de l’ouest des États-Unis. La Nouvelle-Angleterre n’est plus le coeur du pays et même le Middle West avec Chicago perd de son importance relative. Le pays se tourne de plus en plus vers le Pacifique : l’Atlantique a perdu son monopole comme centre d’intérêt_ Le début du troisième millénaire va donc être bien différent de cette fin du deuxième que nous connais­sons en ce qui concerne les orientations internationales des États-Unis.

 

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