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C’est sur l’emplacement même du Couvent des Carmelites de Grenelle, quartier d’Am­bassades et de Ministères, dans un bel immeuble dont les fenêtres s’ouvrent sur de vastes cours et jardins silencieux, qu’habite M. Hervé Alphand, Ambassadeur de France et Président du Comité Français du Bicente­naire de l’Indépendance Américaine.

Certains personnages acceptent avec condescendance des postes qu’ils consi­dèrent comme une corvée ou un nouvel honneur. L’Ambassadeur Alphand, préside avec ferveur aux activités de ce Comité qu’il ne prend certes pas à la légère.

cloche liberté france etats unisIl importe, dit-il d’emblée , que la France participe à son rang à ces manifestations. Elle n’y sera du reste pas la seule grande nation l’Allemagne, la Grande-Bretagne…

— Pour l’Angleterre, c’est plutôt la célébration d’une défaite ; —elle n’en a pas moins donné aux Etats-Unis ses premiers hommes et sa langue. Mais pour la France et l’Amérique, leur Histoire est mêlée depuis la naissance des Etats-Unis que la fran­ce a aidés par ses armes, ses finances, ses combattants. Les deux grandes guerres mondiales les ont trouvés côte à côte. Sans doute, les immigrants français sont-ils moins nombreux que les Allemands, les Scandi­naves, les Polonais… mais leur participation est plus grande. France et Amérique forment un couple qui se trouve côte à côte dans les grandes circonstances, contre l’oppression et la tyrannie, Dans les circonstances médio­cres, elles se disputent ; mais jamais il n’y eut de guerre entre elles. Certes il y eut dissentiment lors de l’expédition du Mexique, plus rétament à Suez, mais jamais de rupture. »

La liste des manifestations du Bicentenaire occupe 14 pages ; il n’est donc pas possible de les énumérer, ni d’espérer que l’Ambassadeur les honore toutes de sa présence.

Quelles sont, selon lui, les plus impor­tantes ?

La plus importante ne figure pas sur la liste. C’est la visite du Président Giscard d’Estaing aux Hauts Lieux de la Guerre d’Indépendance : Yorktown où eut lieu la victoire décisive, Mount Vernon où se trouve la maison familiale de Washington où la France offrira un spectacle Son et Lumière, La Nouvelle Orléans où les minorités françaises sont importantes. J’espère que le Président ira aussi dans la région des bayous sur les branches du Mississipi où le langue est restée française, où les chansons des écoles sont françaises, où l’on prêche en français. Des villages s’appellent La Fayette, St, Martin-ville, Bâton Rouge…

Il y aura des expositions itinérantes, en particulier du Musée de Blérancourt qui présentera les héros français de l’Indépen­dance, les drapeaux des régiments français. L’Opéra de Paris ira donner des représenta­tions au Metropolitan de New-York et au Kennedy Center ; l’Orchestre de Paris jouera La Damnation de Faust de Berlioz, le T.N.P. Tartuffe de Molière et la Dispute de Marivaux.

Des navires de guerre français feront escale sur la côte Est, sur fa côte Ouest, à Saint Louis sur le Mississipi ; l’escorteur d’escadre Duperre et Drogou participeront à la revue navale de New-York ; le Colbert, le De Grasse.., aux cérémonies militaires et navales d’amitié franco-américaine.

Le Gala de l’Union aura lieu à Los Angeles, le Bal des Petits Blancs à La Nouvelle Orléans sous la présidence de Madame Giscard d’Estaing. Sont prévues en France des émissions télévisées auxquelles je participerai sans doute ; et au Palais des Congrès, le 4 Juillet, une manifestation où les Présidents français et américains correspondent par satellites. »

En outre les Archives de France consacreront une exposition aux sources de l’Histoire de La Fayette et à celle des Etats-Unis. Des conférences et autres mani­festations auront lieu à Paris, et en province aussi : Versailles, Rennes, Brest…

France – Etats-Unis est évidemment présente. Un congrès national extraordinaire se tiendra à Deauville du 11 au 13 Juin. Ce sera un évènement. d’importantes personna­lités seront présentes les Présidents Alain Poher et Edgar Faure notamment, Une invi­tation a été adressée au Président de la République.

Il y a aussi de nombreux circuits, voyages, des tournées de conférences, comme celles du Sénateur Jacques Haber et de Marc Saporta, les programmes mis sur pied dans leur ville, dans leur région par nos Comités, en liaison avec les autorités préfectorales, municipales.

L’Ambassadeur de France, M. Hervé Alphand, n’est pas le premier de sa lignée dont les mérites ont honoré son pays son arrière grand père fut le collaborateur de Haussmann.

« C’est à lui que Paris doit ses espaces verts le bois de Boulogne, celui de Vincennes, le Parc Monceau, celui de Montsouris, le Petit et le Grand Palais ; il fut Commissaire de l’Exposition de 1889. Tenez, voici l’esquisse de son portrait par Roll, le tableau est au Petit Palais, »

C’est une esquisse de qualité qui orne l’un des murs d’un dédale de salon charmant aux meubles précieux.

M. Charles Alphand, père de M, Hervé Alphand, fut Ambassadeur, en Suisse, en U.R.S.S. L’Ambassadeur vécut-il en ces pays ?

« Non l A ce moment, je poursuivais ma propre carrière.

Vous avez toujours été l’ami de Couve de Murville ?

— Oui. Nous étions camarades à Sciences-Pu et à l’Inspection des Finances ; puis nous avons occupé, l’un après l’autre, les mêmes postes et avons suivi des carrières parallèles jusquà ce qu’il devienne Premier Ministre, Et nous sommes toujours restés très proches

Avant d’occuper le poste de Secrétaire Général au Quai d’Orsay, vous avez été Ambassadeur de France à Washington.

— Pendant neuf ans, à une époque difficile, de relations malaisées : il y eut Suez, puis de Gaulle, parfois hostile. J’étais en poste lors de l’assassinat de Kennedy ! J’avais entretenu avec lui des relations de véritable amitié : c’était un homme dynamique qui a su surmonter toutes les difficultés avec la France.

—   Quelle opinion avez-vous des hommes politiques américains aujourd’hui ?

– Je ne les connais plus assez bien… Ted Kennedy a des qualités remarquables, mais il y a des faits qui joueront contre lui. Il est difficile de juger les Américains aujourd’hui car il existe en ce moment chez eux un esprit d’auto-dénigrement assez rependu.

—  Etes-vous retourné aux Etats-Unis depuis votre ambassade qui, je le tiens de bonne source, a été aussi brillante qu’efficace.

Mon dernier voyage fut aux côtés de de Gaulle, lors des obsèques d’Eisenhower.

— Vous avez, m’a confié un ami qui eut souvent l’honneur d’être reçu à votre ambassade, un véritable talent de comédien, d’imitateur génial,

—  Comme tous les jeunes, j’ai autrefois joué la comédie. J’ai même fait partie d’une troupe d’amateurs, e La Petite Scène ». Nous jouions Racine, Molière.

—    Vous aviez bien plus qu’un talent d’amateur.

Ce que j’aimais, c’était imiter, les hommes politiques surtout. »

Cependant ni tirade classique, ni imitation de contemporains ne vient rompre de sérieux de l’entretien. La volonté de réserve, de discrétion de l’Ambassadeur de France semble être inébranlable ses traits impassibles ne trahissent rien. Ce qui doit être une grande vertu pour un diplomate

Ses écrivains américains préférés, il ne les connait pas assez pour en parler. Quant aux Français, il confesse cependant : Chateaubriand, Proust, Stendhal, et même Romains.

ANNE BRIERE – Journal de Janvier 1976

 

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